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Voyage en Polynésie – Février 2009

 

Impressions fugitives

 

Un vieux rêve : partir pour Tahiti. Un vieux rêve qui remonte à mes 17 ans ; entretenu par mes lectures d'alors : Pierre Loti, un certain Guy de Larigaudie, Bougainville et autres explorateurs... Je suis dans l'avion qui m'y emmène. Dans moins d'une heure, nous atterrirons d'abord à Los Angeles pour une escale de 2 heures, avant de repartir vers Papeete. Il est 11 heures du matin ici en Californie, et 20 h 40 à l'heure de France. A l'horizon, Je devine l'océan : le Pacifique.

 

C'est une journée qui n'en finit pas. Pourtant, à mi-parcours, nous avons eu une sorte de crépuscule, de nuit même. J'ai mis un moment à réaliser que c'était la nuit polaire, tout simplement, car nous tangentions l'extrême Nord.


 

 

Le voici, le Pacifique... à peine avons-nous décollé. Bientôt l'océan vire au bleu nuit ; le ciel à un certain bleu d'acier; entre les deux, une bande lumineuse qui hésite entre saumon et orangé. Loin là-bas, au delà de cette lumière, je me revois sur l'autre rive, côtoyant à pied pendant des jours, cette même immensité marine, sur l'île de Shikoku. Vaste étendue d'eau noire, inquiétante et sublime ; si j'étais un grand poète, c'est dans cette encre-là que je tremperais ma plume pour écrire un hymne fabuleux au Grand Océan.

 

 

Nous nous sommes établis sur l'île de Maupiti. Nulle part ailleurs que dans les Iles Sous le Vent, l'océan n'aura mieux mérité son qualificatif de "pacifique" : lagon de cristal, fonds d'émeraude, rivages ensorceleurs, accueil joyeux et enjoué de nos hôtes dans le petit "faré" à l'ombre des cocotiers.

 

 

De Maupiti,je me souviendrai, de la rumeur du lagon, de la pluie sur le toit du faré, des deux tombes tout près de la porte d'une maison : le repos des ancêtres, du chant du coq au tout petit matin, des gloussements joyeux d'oiseaux inconnus, de la musique polynésienne sans télé sur la terrasse de la pension, de nos hôtes paisibles, souriants et dévoués, de la longue plage de sable blanc, du bateau au toit de toile qui tangue à l'amarre, des cocotiers surchargés de fruits, des bougainvilliers aux tons de violine, des bosquets de tiaré en habits de fleurs blanches, de l'air embaumé d'exotiques fragrances
 

 


J'y ajouterai un bonheur tout particulier : l'étonnante ressemblance des lieux avec l'univers de Maéva, l'héroïne de mon roman « Perles d'Océan », que j'avais décrit sans rien connaître.

 

 

 

Raiatea, la formule insulaire "deux en un" ; deux îles pour un même lagon, Raiatea et Tahaa. Sur les rivages de cette dernière, après la traversée d'un lagon dont je ne saurais dire les couleurs tant elles semblent relever du surnaturel, nous avons visité une ferme perlière, dans laquelle un Japonais, infiniment concentré, était occupé à pratiquer une sorte de microchirurgie dans les replis d'un huître; il en extrayait une perle brillante avant d'y implanter un nouveau nucléus, cette sorte de bille taillée de main d'homme dans la nacre d'une huître du Mississippi. Evidemment, cela se termina par une transaction d'achat, presque somptuaire, à la boutique de la ferme : deux superbes colliers

 


La visite d'un petit producteur de vanille s'avéra plus légère quoique plus humide, trempés que nous fumes par une pluie battante. Tout ce qu'il convenait de savoir sur la culture de la vanille nous fut doctement dévoilé par Bryan, un ex-légionnaire d'origine danoise, installé ici depuis dix ans comme un je ne sais quel Robinson Crusoé à la suite de je ne sais quel naufrage.

 

Notre déjeuner fut pris à la terrasse d'une auberge sur un motu voisin où l'on put voir, dans des nasses installées à même les eaux du lagon, des raies, des requins, et d'étranges poissons capables, dès qu'ils se sentent menacés, de se gonfler comme des ballons au double de leur volume ordinaire en se hérissant de piquants

 

Toute l'île de Raiatea, quant à elle, s'affiche très urbaine, avec des banques, des supermarchés, et les instances administratives  des Iles Sous le Vent. Au delà de ces concessions à la modernité, ce qu'on lit, entend, ressent à son sujet, ne tarde pas à nous convaincre que Raiatea est aussi le centre mythologique de la Polynésie ; il y flotte de folles histoires…
 

 


 

Huahiné, île mystérieuse et féminine. Féminine au point que depuis la capitale, la ligne des montagnes dessine très nettement une femme couchée. On la découvre par petites touches, comme une femme qui peu à peu se dévoile. Elle a mille secrets à nous laisser deviner.


 


      De bleus lagons en plages blondes

      Là-bas, à l'autre bout du monde,

      Au clair  pays des vahinés,

     J'ai jeté l'ancre à Huahiné.

 

     L'île garde bien son mystère

     On ne l'a jamais toute entière

     Ses secrets nous restent cachés

     Sous les hauts murs des maraés

 
 



 

La plus belle perle de Polynésie, on ne la trouve  pas forcément dans les showrooms des fermes perlières ou aux devantures des bijoutiers de Papeete ; pour moi, l’une des plus belles, c'est Bora Bora


 


Son lagon n'a pas son pareil pour ce qui est des couleurs et des transparences, et pour la douceur de vivre qu'il impose aux rivages de l'île comme à ceux des motus qui forment une couronne presque continue tout autour.

 

On pourra m'opposer la vanité des établissements paradisiaques qu'on y trouve par dizaines, le peu d'enthousiasme des autochtones dans leur accueil des touristes que nous sommes, la trop récente mythologie laissée par les 5000 Américains qui débarquèrent ici en 1942. Tout cela, je me permets de l'ignorer, et je goûte aux plaisirs subtiles que suggèrent le parfum des fleurs en colliers, la danse du palmier au souffle chaud des alizés, la course lente des nuages aux formes mouvantes que le lagon reflète, empruntant leurs nuances.

  
 


Paradisiaque, vous dis-je ! Tant pis pour le cliché !


 

 

Moorea ne se révéla pas d'emblée. Le lagon au droit de notre chambre était plutôt décevant : peu de hauteur d'eau, beaucoup d'aspérités rocailleuses sur le fond, et une lignée de bungalows sur pilotis qui nous barrait la vue sur le large


 


Mais dès le lendemain, nous découvrîmes, de l'autre coté des bâtiments principaux de l'hôtel, un lagon splendide peuplé de poissons extraordinaires : bleus irisés de vert phosphorescent pour les uns, gris rayés de jaune pour les autres, de formes étranges. Le jour suivant, nous embarquâmes avec un pilote dans un bateau à fond de verre fortement lesté, de sorte que nous naviguions au dessous du niveau de l'eau au beau milieu de ces splendides rondes aquatiques
 


Plusieurs soirs, à l'hôtel pendant que nous dînions, nous eûmes droit à de torrides ballets de Tahitiennes. Pieds nus, en paréo, et la tête couronnée de fleurs, leurs danses souvent lascives sur des musiques alanguies mais parfois trépidantes, débordaient de sensualité conquérante


 


Enfin, nous découvrîmes l'île elle même par voie de terre. La baie de Cook et la baie d’Opunohu offraient, depuis "Le Belvédère" un paysage saisissant. Un énorme rocher les sépare, comme un bateau qui se serait échoué sur cette vaste échancrure du rivage, proue contre terre, pour former ces deux baies quasiment symétriques.

     




Une fois encore, nous étions émerveillés.



 

À Tahiti, on nous disait « Les Marquises !... Les Marquises !... » ; Les gens se plaisent toujours à vanter ce qu’eux connaissent, et vous pas. Et moi, je n'y croyais pas trop. Je ne pensais pas qu'il fût possible de trouver mieux que les merveilles des Îles Sous le Vent. Mais, c'est un fait : nous avons visité deux îles, dépourvues de lagon comme il se doit aux Marquises, et pourtant bien plus belles encore. D'abord, Hiva-oa puis Nuku-hiva. Sans rien enlever à la seconde, c'est à la première que mon coeur est resté accroché. Il me fallut convenir que la vue sur la Baie des Traîtres depuis notre hôtel en surplomb, était l'une des plus merveilleuses que j'aie jamais vue sur cette terre. La balade en 4X4 vers l'intérieur fut à la même hauteur.

 


Certes, l'âme des poètes était pour quelque chose dans cet enchantement. Gauguin, et Brel, qui voisinaient dans le petit cimetière, modeste et charmant, avec vue sur l'océan, étaient bien là. Dans les villages, on se souvenait d’eux, on en parlait, on racontait des histoires. Au musée, il y avait une quantité impressionnante de copies de Gauguin, une reconstitution de sa maison, « La Maison du Jouir ».

 

plus loin, un grand hangar qui abritait Jojo, l'avion de Jacques Brel, et quantité de panneaux, de photos qui retraçaient sa vie.

 


J’étais tenté de conclure que c'était à eux que l'île devait tout son charme. Mais à y réfléchir, n'était-ce pas au contraire le charme particulier de l'île qui avait fait que ces deux-là s'étaient installés à Hiva-oa, et non ailleurs ?

 

  


Nuku-hiva nous montra elle aussi de splendides paysages maritimes et de montagne




 


Mais elle nous révéla en plus, cachés dans la végétation, des lieux qui donnent le frisson : les fameux pae-pae, ces sites sacrés où l'on pratiquait couramment, selon un rituel ancien bien établi, le sacrifice humain. Les derniers eurent lieu dans le courant du XIXe siècle

 

 


Je n'oublierai pas cet épisode hautement poétique et exotique où, grâce à Jean-Pierre notre guide, nous mangeâmes des mangues sous un manguier comme, chez nous, des cerises sous un cerisier...


 






Ces impressions, aux couleurs idylliques, sont sans doute bien superficielles. Elles font bon marché de la vie de tous les jours et des tourments auxquels n'échappe jamais l'homme, fût-il polynésien. D'ailleurs, ne se traduisent-ils pas, en ces temps incertains, dans les méandres de la politique locale ?

  
Pour simpliste qu'elle soit, cette vision est pourtant bien celle du voyageur qui aborde pour la première fois ces îles du bout du monde. Et je me plais à rêver àce que dut être l'envoûtement de Cook, de Bougainville et de bien d'autres, lorsqu'ils touchèrent, sans même savoir qu'ils existaient, ces rivages enchantés.

 

 

 



 

 

 

 
   

 

Tag(s) : #Polynésie